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jeudi 24 octobre 2019

Amazonia. Patrick Deville

On peut lire des romans pour se détendre, des polars qu'on ne peut lâcher plus trépidants qu'une semaine au bureau ou des romans à l'eau de rose pour tromper l'ennui d'une vie conjugale terne. Ce sont des petits plaisirs bien légitimes. Mais il faut parfois se souvenir que la littérature sert aussi à faire grandir, à ouvrir des perspectives et à appréhender le monde.

En France, nous avons quelques rares écrivains qui s'attellent à cette tâche. Un style, des idées, de l'humour. Patrick Deville, Jean Rolin pour ceux que nous avons lu. Des artistes au sens noble du terme, grands voyageurs, éloignés des bassesses matérielles.

On s'est donc plongé dans Amazonia avec bonheur. L'auteur relate un voyage avec son fils sur le fleuve Amazone, de l'Atlantique au Pacifique, traversant le Brésil, l'Equateur. Aux ingrédients du roman d'aventure classique, l'auteur y ajoute une touche familiale. Celle d'un père et d'un fils qui n'ont jamais su trop s'apprivoiser, une entente cordiale, un respect mutuel en quelque sorte.

Mais Patrick Deville, comme dans ses précédents romans, ajoute à sa palette une pléiade de références littéraires, cinématographiques, géographiques, historiques autour de l'Amazonie. Cendrars et son Moravagine, Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog, de Pizarro à Bolsonaro, des invasions espagnoles à l'exploitation du caoutchouc, Deville nous procure l'envie de lire, d'apprendre, de savoir. La bibliothèque de bord en annexe promet de longues heures de lecture à qui prendra le temps.

Amazonia n'est pas vraiment un roman, plutôt un récit, brillant. Du bel ouvrage, qu'on lit en se laissant emporter et où l'on se réveille tard dans la nuit ou tôt le matin pour compulser Du monde entier de Blaise Cendrars. On a lu plusieurs romans de l'auteur, et immanquablement la lecture d'un ouvrage de Patrick Deville en appelle à d'autres, certaines parfois oubliées, toutes merveilleuses. Une invitation à flâner en librairies, en bibliothèques et, geste antique, à rouvrir de vieilles encyclopédies.

Amazonia / Patrick Deville. - Seuil, 2019. 295 p.


mercredi 20 juin 2018

Afrique adieu. Le cœur des ténèbres, Joseph Conrad


Le cœur des ténèbres / Joseph Conrad.

Ecrit par Joseph Conrad, Le cœur des ténèbres est sorti en 1899, dans son édition originale. Et c’est un court roman qui ravira les amateurs de récits d’aventure.

Alors qu’il quitte Londres à bord d’un navire sur la Tamise, Charles Marlow, qui officie dans la marine marchande britannique, relate son voyage au cœur de l’Afrique Noire aux deux marins qui l’accompagnent.
Tout en bourrant sa pipe de tabac anglais, il se remémore son embauche par une compagnie belge, le trajet sur un vapeur au fil du fleuve qui le conduira au cœur des ténèbres, à la recherche de Kurtz. Kurtz collecte et transmet l’ivoire à la compagnie. Très vite, Marlow s’aperçoit que Kurtz s’est forgé une légende. Vénéré par les indigènes, une étrange aura l’entoure. Tout au long du voyage sur le fleuve à bord du rafiot pourri, Marlow s’imagine Kurtz, jusqu’à l’affabulation.

Le cœur des ténèbres est d’une véritable force évocatrice. Le lecteur, happé, ressentira la chaleur moite, les piqures de moustiques, les odeurs de viande d’hippopotame pourrie que se partagent les indigènes sur le bateau.

Il est à souligner que Conrad dénonce l’exploitation des indigènes, Noirs, par les européens. C’est rare pour l’époque.

Francis Ford Coppola s’inspire librement de ce récit dans Apocalypse Now (1979), en transférant l’action du film durant la guerre du Viêt Nam. Par son ambiance, le film reflète l’atmosphère du roman de Conrad.



Roman de marin, quête de soi, voyage vers des terres inhospitalières, Le cœur des ténèbres est à lire si vous avez aimé les classiques du roman d’aventures : Jules Verne, Herman Melville ou encore Robert Louis Stevenson.   

Le coeur des ténèbres / Joseph Conrad. - Le Livre de Poche. Traduction de Catherine Pappo-Musard. 214 p.